La poursuite du dialogue intercongolais Ă Sun City en Afrique du Sud
par Joseph M. Kyalangilwa, Président de la Société civile de la Province du Sud-Kivu
Décidées à revivre en paix, en démocratie acquises lors de l’accession de leur immense pays à l’indépendance le 30 juin 1960 sous la direction du premier Premier Ministre, Patrice Emery Lumumba, les populations congolaises ont envoyé leurs filles et fils les représenter au Dialogue Intercongolais qui s’est tenu à Sun City du lundi, 25 février au 20 avril 2002.
Comme on le sait, la République Démocratique du Congo, ancien Etat indépendant du Congo (propriété du souverain belge Leopold II) de 1885–1908 et colonie belge de 1908–1960, ce beau pays au cœur de l’Afrique recèle des potentialités naturelles énormes convoitées non seulement par les autres pays d’Afrique mais et surtout par les grandes puissances, entre autres les Etats-Unis d’Amérique, l’Allemagne, la Grande Bretagne. Et pour avoir accès à ces richesses congolaises les mêmes grandes puissances qui se disent éprises de paix et du modèle de la démocratie, utilisent des moyens ignobles et sauvages allant jusqu’aux massacres de vies humaines sans nombre. Ces grandes puissances imposent aux pays en développement les hommes et les gouvernements qui leur sont favorables au détriment des peuples de ces pays. Le Congo, le géant de l’Afrique, aujourd’hui malade l’est effectivement parce que la Communauté internationale le veut ainsi pour permettre aux industries des grandes puissances d’accéder illégalement aux matières premières du Congo dont les populations ne profitent guère.
Tout était parti de l’assassinat du grand leader charismatique et nationaliste que fut Patrice Emery Lumumba. Ce dernier signa l’arrêt de sa mort lorsqu’il dit dans son discours le 30 juin 1960 que «désormais les immenses richesses minières, forestières et agricoles du Congo doivent profiter d’abord au peuple congolais qui en est le propriétaire». La CIA et la Belgique n’en furent pas contentes et décidèrent et organisèrent l’assassinat de Lumumba. Ce dernier fut lâchement assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga avec ses deux compagnons Mpolo et Okito.
Lumumba assassiné
Ils furent ainsi tués sans respect ni dignité par ceux-là même qui se disent respectueux des droits de l’homme, mais accusèrent faussement et délibérément le tout premier Chef du gouvernement congolais élu démocratiquement, d’être communiste et communisant dans un pays à majorité (80%) chrétienne. 41 ans après, les assassins de Lumumba (la Belgique en tête) viennent de reconnaître en novembre 2001 qu’ils en ont été les responsables. Une pluie d’excuses adressées au peuple congolais et à la famille de l’illustre disparu ne cesse de faire la une des journaux et d’autres publications occidentaux. Ces grands groupes d’intérêt des puissances impérialistes restent les responsables de la situation de profonde misère que vivent les populations congolaises depuis l’accession de leur pays à son indépendance et dont la souveraineté et l’intégrité territoriale ne sont jamais respectées en dépit de la Charte de l’ONU et celle de l’OUA (aujourd’hui UA).
Après l’assassinat de Lumumba, les congolais soucieux de la paix, de la démocratie et du développement de leur pays, avaient tout fait pour vivre dans un Etat de droit. Pour ce faire, une nouvelle constitution fut adoptée par référendum et promulguée le 1er août 1964.
Mobutu, homme de paille
Cette constitution qui consacrait le fédéralisme à la satisfaction du peuple, à peine était-elle sur les rails, les mêmes assassins de Lumumba n’en voulurent point. Ils imposèrent au Congo un régime dictatorial dirigé par leur homme de paille Mobutu. Celui-ci regna sans partage pendant 32 ans au détriment des intérêts congolais mais bien entendu à la grande satisfaction des pouvoirs occidentaux. Mobutu fut ainsi utilisé et instrumentalisé non seulement contre son pays la République Démocratique du Congo, mais également contre les pouvoirs établis en Angola soi-disant pour lutter contre l’entrée du communisme en Afrique et au Sudan, soi-disant pour barrer la porte au terrorisme musulman arabe. Avec la fin de la guerre froide Mobutu n’était plus nécessaire aux commandes du grand berceau des matières premières qu’est la République Démocratique du Congo. Ces parrains firent tout pour mettre fin au règne du Maréchal Président. Trois minuscules et très pauvres pays voisins, l’Uganda, le Rwanda et le Burundi reçurent des grandes puissances tous les moyens logistiques y compris la mobilisation de leur médias pour déboulonner l’homme fort de Kinshasa. Cette opération commencée en octobre 1996 par l’Est du Congo se termina par la victoire du nouvel homme fort en la personne de feu Président Laurent-Désiré Kabila qui s’autoproclama Président de la République Démocratique du Congo (ex-Zaire de Mobutu) le 17 mai 1997.
Kabila, le nouvel homme fort
C’étaient les forces armées de ces trois pays cités plus haut qui avaient aidé L.-D. Kabila à accéder à la magistrature suprême de la R.D.Congo. Les Congolais, en commençant par les populations de Sud-Kivu, ne cachèrent pas au nouveau Chef de l’Etat leurs inquiétudes de voir continuer dans leur pays la présence des troupes des pays aux régimes sanglants et dictatoriaux avec les armées mono-éthniques minoritaires, la culture de massacre facile et d’ambition d’hégémonie mythique liée à la convoitise et à la jalousie des richesses naturelles congolaises. Le Président L.-D. Kabila comprit avec retard cette demande de son pays. En juillet 1998, il prit quand même la décision de renvoyer dans leurs pays respectifs les troupes ugando-rwando-burundaises. Celles-ce firent un semblant de retour, souvent forcé, mais s’organisèrent avec un plus grand appui des grandes puissances dont les Etats-Unis d’Amérique en tête, et envahirent le Congo le 2 août 1998 dont elles occupent jusqu’à aujourd’hui les provinces de l’Est et du Nord.
Un génocide en huis clos
Pendant cette agression que la Communauté internationale n’a pu reconnaître qu’en juillet 2000, c’est-à -dire deux ans après, beaucoup de congolais sont massacrés. Les statistiques reconnues confirment que jusqu’en octobre 2001, cette agression a fait 3740000 morts. Un véritable génocide en huis clos. Comme on le sait et constate, les médias occidentaux n’en ont pas d’échos depuis septembre 1996 malgré les informations fiables que ne cesse de mettre à leur disposition la société civile de la République Démocratique du Congo. Ces médias occidentaux ne sont-ils pas aussi complices de ces actes ignobles pour lesquels la Cour de Justice internationale devra prononcer les sanctions sévères à l’endroit de leurs auteurs? La Société civile de la République démocratique du Congo par le biais de sa composante «Groupe d’associations de promotion et de défense des droits de l’homme» a déjà formulé cette demande en commençant par exiger la création d’un Observatoire des Droits de l’homme au Congo démocratique et l’institution du Tribunal pénal international pour juger les crimes commis depuis 1996 dans notre pays.
L’Accord de Lusaka – base pour un dialogue national
Pour cacher leur agression, les troupes des pays voisins avaient créé les soi-disant factions rebelles avec leurs collabos respectivement soutenus par l’Uganda et le Rwanda pour combattre le pouvoir légal de Kinshasa. Comme les bélligérants n’ont pu trouver de solution aux différends avec Kinshasa, ils signèrent un accord de cessez-le-feu en juillet-août 1999 dit «Accord de Lusaka». Le but principal de cet accord signé sous les auspices de la Communauté internationale (ONU, OUA et UE) prévoit de résoudre les problèmes congolais par les Congolais au cours d’un dialogue national sans exclusif et dont les solutions doivent être prises par consensus. Ce dialogue intercongolais en cours depuis le lundi 25 février 2002 à Sun City (RSA) réunit les délégués du Gouvernement de la République démocratique du Congo, des factions armées dites rebelles, de la Société civile dite forces vives et enfin des partis politiques dits de l’opposition non armée. Ils sont au total 369 délégués représentant les 55000000 de compatriotes congolais. Pendant 45 jours, ces délégués ont la mission de trouver les solutions appropriées aux problèmes qui ont fait que le géant d’Afrique soit malade aujourd’hui.
Comme on le constate, la rencontre de Sun City des délégués congolais à leur Dialogue national est un grand forum d’une portée historique très importante. Si les Congolais s’y réunissent seuls dans l’unité, en dépit de leur riche diversité ethnique (450 ethnies et langues de tribus) et culturelle, ils trouveront toujours solutions à leurs problèmes. Les Congolais s’aiment et se respectent mutuellement, ils n’ont pas de culture de haine ethnique, de massacre et de génocide. En République démocratique du Congo aucune ethnie authentiquement autochtone n’a pris les armes contre une autre, contrairement à ce que propagent intentionnellement beaucoup de médias occidentaux. Le Congo est un pays d’hospitalité légendaire. Nous avons toujours accueilli nos voisins constamment en guerres ethniques cycliques ou frappés de calamités naturelles chez eux. C’est pourquoi les Congolais épris de paix demandent aux grandes puissances impérialistes de laisser le peuple congolais tranquille et de cesser toute immixtion dans les affaires intérieures de la République démocratique du Congo, qui dispose des cadres pluridisciplinaires nécessaires pour gérer démocratiquement ce géant d’Afrique aujourd’hui maintenu à dessein dans un état malade. •
Une tâche pour les intellectuels
ef. Que faisons-nous en Occident face à ces souffrances inhumaines? Depuis 1998, on déplore au seul Congo 3740000 morts.
Où sont ceux qui critiquaient autre-fois l’exploitation coloniale? Peter Scholl-Latour est-il le seul intellectuel sincère du monde occidental à dénoncer l’injustice et à en appeler inlassablement à notre conscience?
Un ami congolais m’a dit récemment que le néocolonialisme est encore pire que le colonialisme. Ceux qui savent comment les colons ont «régné» sur le Congo mesureront la portée de cette affirmation.
Les Africains trouvent insupportable le silence du monde occidental.
C’est à juste titre que, pour le peuple congolais, le président de la Société civile demande aux grandes puissances de laisser son pays tranquille. Les habitants pacifiques du pays trouveront leur propre solution, qui ne sera certainement ni celle du trotskisme militaire ni celle du grand capital pillard.
Mais laisser le pays tranquille ne consiste pas à l’abandonner et à se taire. Il faut compatir aux souffrances du peuple, demander des comptes aux «responsables de la grande pauvreté», dénoncer les injustices, faire appel à la conscience des gens, envisager avec les Congolais des possibilités d’aide non bureaucratique. Cela relève de notre responsabilité d’intellectuels. Au cours des années 70 et 80, il y a eu de larges débats. Grâce à ceux qui ont eu lieu dans les universités, par exemple, les intellectuels ont réveillé la conscience de nombreuses personnes, pas seulement celle des étudiants. Ils ont suscité l’indignation face aux injustices subies par le tiers-monde.
Il nous appartient de reprendre le flambeau.
Ordre du jour du Dialogue Inter-Congolais
1° Validation des pouvoirs délégués
2° Adoption du Règlement Intérieur
3° Adoption de l’ordre du jour
4° Déclaration de politique générale
5° Fin de la guerre:
a) Diagnostique: causes et conséquences
b) Désarmement des troupes armées
c) Evaluation du retrait des forces étrangères
d) Evaluation du niveau d’exécution des engagements des parties à l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka
e) Factures des deux guerres: 1996–1998
f) Paix et Sécurité à l’Intérieur de la République Démocratique Congo et dans la sous-région des Grands Lacs
g) Conférence Internationale dans la Région des Grands Lacs
h) Accord de paix impliquant les pays belligérants
i) Requête en vue de l’institution d’un Tribunal International pour les crimes de guerre et contre l’humanité commis notamment au cours de la guerre de 1996 et de 1998
6° Le nouvel ordre politique en R.D. Congo
a) Le nouvel ordre politique en RDC, en particulier les institutions doivent ĂŞtre mises en place en vue de la -gouvernance de la R.D. Congo
b) Rétablissement de l’autorité administrative de l’Etat sur l’ensemble du territoire
c) Constitution durant la Transition
d) Principes régissant la nationalité
e) Projet de Constitution devant régir la République après les élections
7° Nouvelle Armée Nationale Congolaise
8° Contentieux
9° Reconstruction
a) Programme économique et social d’urgence
10° Réconciliation nationale
11° Garanties de bonne fin et d’application des résolutions du Dialogue Intercongolais
12° Elections et Questions éléctorales
13° Adoption des résolutions
14° Signature du document final
15° Discours de Clôture

